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7 leçons à retenir du duel annoncé entre Manuel Valls et Benoît Hamon

Décoder Par Eric Le Braz 23 janvier 2017

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C'est l'heure des réglements de comptes...

Europe 1
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Ce sont deux gauches inédites qui s’affrontent le 29 janvier. Rien n’est écrit et tout est encore possible…. Jusqu’en mai. 

Il y a deux mois, tout le microcosme politico-médiatique pariait sur un duel Montebourg-Hollande pour le second tour de la primaire de la gauche. Comme d’hab’, le microcosme s’est giga planté. Mais ce n’est pas la seule leçon à retenir du duel Valls-Hamon. 

1 L’outsider passe en tête

Pas la peine d’épiloguer des heures sur ce parallèle que nous avions annoncé d’ailleurs (oui un peu d’autopromo, c’est là), les électeurs n’aiment décidément pas qu’on leur prédise leur président, et a fortiori le champion de leur camp. Il préfèrent transformer les tortues (Fillon et Hamon se sont déclaré les premiers dans l'indifférence générale) en lièvres. Fillon a profité de cet électorat versatile d’une manière spectaculaire, Hamon pareil. Mais Hollande ou Royal, avant lui, avaient eux aussi déjoué les pronostics. Les primaires amplifient le vote revêche.

2 Les plus clivants ont triomphé

Valls-Hamon, c’est un peu Fillon-Juppé : deux extrêmes qui s’affrontent dans leur camp. Et les autres s’évaporent…

Montebourg en voulant présidentialiser son image a fini par l’affadir. Le candidat qui se présentait comme le centriste du PS, Vincent Peillon, s’est fait lemairisé.

Les deux vainqueurs sont bien les plus clivants. L’humaniste imaginatif Benoit Hamon a raflé la mise côté gauche avec son positionnement bienveillant et son programme dérangeant.  Le républicain intransigeant Manuel Valls, après avoir balbutié son début de campagne en tentant de se grimer en Hollande, a retrouvé ses accents régaliens pour séduire un électorat soc-dem classique.

Au final, c’est l’aile très à droite contre l’aile très à gauche qui vont s’affronter. C’est fini les synthèses hollandaises...

3 L’originalité de Hamon paye

Lors du troisième débat, tous les candidats (sauf Bennamhias) se sont ligués contre Hamon pour torpiller le revenu universel. Mais force est de constater qu’ils n’ont pas convaincu… 37 % des électeurs (je rajoute les 1 % de Bennamhias) veulent y croire alors même que Hamon ne s’est pas terriblement bien défendu.

Car la valeur ajoutée du candidat inattendu, c’est que ses propositions le sont tout autant. A cet égard, il est un peu le négatif de Fillon qui s’est fait introniser alors qu’on n’avait pas vraiment lu son programme. Hamon parle de perturbateurs endocriniens et déroule une profession de foi écolo impeccable sur la fermeture des centrales nucléaires ou la lutte contre le diesel. Il invente des propositions originales comme le 49.3 citoyen qui tranchent avec le traintrain de la doxa socialiste.

Le besoin de renouveau chez les électeurs n’est pas seulement celui des hommes, mais aussi des idées. Et les seules idées neuves étaient indubitablement de son côté.

4 La légitimité de Valls n’est pas bafouée

Même s’il a contribué sur la fin à pousser d’un coup d’épaule Hollande dans le fossé, Valls est resté pendant tout son séjour à Matignon un premier ministre loyal. Sa droiture est une marque de fabrique et sa légitimité est aussi de rester légitimiste.

Son score correct est à mettre en regard de sa première participation à la primaire de 2012 où il plafonnait à 5 %. Malgré son impopularité à gauche, il n’est pas éliminé car il continue d'incarner une sorte de légitimité de ce qu’on appelle la gauche gouvernementale. Et son discours au soir du premier tour était un concentré, saccadé et agressif, de cette posture…Quelque soit le résultat du second tour où il n’est pas favori, le Vallssime en sortira au moins vivant, voire renforcé. Car il est peu probable qu’il retourne bouder sur ses terres comme Martine Aubry après 2012...

5 Tiens, les sondages se sont un peu plantés

En fait, il y en a eu très peu. Le Parisien puis le Monde ayant décidé de ne plus en publier, le dernier sondage connu semble être celui de France télévision et Harris Interactive qui donnait Valls en première place avec 43 % des intentions de vote, suivi d'Arnaud Montebourg (25 %) et Benoît Hamon (22 %).

Bon. Mais l’unique courbe ascendante (la seule qui compte) était celle de Benoit Hamon. Puis, fini les  sondages… 

6 Et les journalistes commentateurs sont toujours à l’ouest

Même si les JT ont bien relevé la dynamique de Hamon dans les meetings, bien peu se hasardaient à un pronostic. Il n’empêche. Quand Hamon est apparu sans conteste comme le vainqueur du premier tour de cette primaire, les visages décontenancés des commentateurs des chaines infos rappelaient Elkabbach voyant apparaître le visuel pixellisé de François Mitterrand en 81. A plus petite échelle, l’impensable venait de se produire. Puis, les commentaires sur le caractère « irréaliste » et « utopique » du programme de Hamon ont tourné en boucle. Mention spéciale pour Ruth Elkrief et à ses obsessions anti bobos-écolos & co. Et les mêmes qui n'avaient pas vu venir Hamon (comme ils avaient raté Fillon),  d’assurer qu’un tel vainqueur finira cinquième de la présidentielle.

Les électeurs sont vraiment des enfants.

7 La balkanisation est en marche

Avec une mobilisation riquiqui, un comptage cafouilleux et une division profonde des deux PS,  les chances de remporter la présidentielle sont certes très faibles pour le futur vainqueur de la Belle alliance populaire. Il reste un tiers d' hiver et deux tiers de printemps pour acter cette déconfiture annoncée. C'est long. Et rien n'est écrit. 

Benoit Hamon vainqueur de la primaire, c’est une offre électorale inédite mais assez subtile à gauche. Entre le libéralisme flou de Macron et l’intransigeance écolo-nationaliste de Mélenchon, les propositions disruptives de Hamon ouvrent une troisième voie qui peut grignoter l’électorat de la "France insoumise". Ou pas. Mais aussi surprendre celui de Macron par sa bonne connaissance, plus alarmiste certes, des bouleversements du numérique.

Et si c’est Valls qui remporte la primaire, il y aura un vrai duel avec Macron sur des divergences sociétales profondes.

On peut croire que cette balkanisation va annihiler toutes les chances de la gauche . Et ce 23 janvier, c’est encore probable. Mais l’histoire récente nous montre que d’autres scénarios sont possibles.

On ne connaitra le programme de Macron que fin février. Et s’il penche à droite, la balkanisation peut toucher Fillon. Dans tous les cas de figures, il y aura certainement une cristallisation des votes autour d’un ou deux candidats à gauche. Tout est donc encore possible… même si le plus probable est que le prochain président ait un nom qui finisse par « on ».

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