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7 raisons de lire Orlando plutôt que les journaux ou les réseaux sociaux

Découvrir Par Elise Thiebaut 13 juin 2016

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En plus Orlando est aussi un film.

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Orlando n'est pas qu'une ville de Floride frappée par un attentat terroriste dirigé contre des homosexuels qui faisaient la fête au Pulse, un night club en vue. C'est aussi un livre méconnu de Virginia Woolf dont la lecture s'impose en ce moment de chagrin et de détresse. Voilà pourquoi.

7x7 heures ont passé depuis l'attentat qui a tué 49 personnes et fait 53 blessés à Orlando (Floride), durant la nuit du 11 au 12 juin. L'auteur était un américain d'origine afghane Omar Mateen. Il a revendiqué son acte au nom de Daesh, qui a confirmé cette revendication depuis la Syrie le lendemain. 7x7 heures qu'on vous répète le drame en boucle, inondant les médias et votre fil Facebook jusqu'à saturation de polémiques en tous genres.

- C'est la faute à l'islam, hurlent les un.e.s, cet islam envers lequel on est bien trop cool, et dont la femme voilée est le bras armé, voire la victime consentante !

- Non aux amalgames ! répondent les autres, le terrorisme islamique fait la guerre à toutes et à tous, indépendamment de leurs croyances, et les musulman.e.s sont les premières et les premiers à tomber sous ses coups.

-Peut-être, objectent les théologien.ne.s de comptoir, mais avoue qu'entre l'islam et l'homosexualité, c'est quand même pas l'amour, et d'ailleurs les homosexuel.le.s sont persécuté.e.s dans les pays gouvernés par les religieux rigoristes, comme les wahabites (de cheval). 

-Ah bon ? s'étonnent les théo-plus-logiques, parce que les chrétiens et les juifs sont cools avec l'homosexualité, d'après toi ?

- Camarades ! scandent les marxistes, ne vous laissez pas berner : tout ça n'est jamais que le cache-misère de la question sociale, car la religion est l'opium du peuple et la loi travail le bras armé du patronat adepte du fisc fucking !

A ce moment de la journée, vous commencez sûrement à trouver le temps long.

Que vous soyez islamo-gauchiste ou tout simplement comme moi gauchère contrariée (voire un mix des deux, c'est-à-dire gauchiste contrariante), que vous soyez néo-cons, sceptique ou antisecte – voire antiseptique à large spectre – que vous soyez, en bref, laïcard intégriste, musulman de la voie soufie (qui n'a rien à voir avec le selfie même si ça peut aussi donner le tournis) ou bouddhiste financé par CIA, chrétien obédience Abbé Pierre ou catholique versant abuseur d'enfant, voire rastafari ou joueur de banjo amateur de revival survivaliste, vous aurez aussi la joie d'entendre la classe politique toc tic toc au grand complet y aller de sa petite phrase et vous soûler avec l'impact de l'attaque sur les élections ricaines, ce dont vous n'avez strictement rien à foutre vu qu'on a déjà des élections chiantes ici, merci.

Le pompon sera bien entendu le communiqué de la Manif pour Tous déplorant l'attaque contre le Pulse, tandis que le FN laissera entendre qu'on est accueillant pour les homos chez les patriotes parafachos, la preuve par le Florian Philippot.

A ce point du débat il ne sert sans doute plus à rien de vous rappeler que dans communiquer il y a "commu". Vos pulsions sont sur le point d'éclater et comme vous n'êtes pas terroriste (vous), la violence risque fortement de se retourner contre vous-même : crise de larmes, biture, abus de drogue ou overdose de chocolat, vous êtes à deux doigts de péter un câble. Il est temps de vous délivrer l'antidote qui vous permettra de prendre de la hauteur : la lecture d'un roman intitulé Orlando qui, en dépit de son caractère échevelé, vous paraîtra presqu'une promenade de santé (et même au phare) par rapport à l'agitation médiatique du moment.

1 Parce que, genre, ça parle du genre

Le pitch de cette biographie fantastique devrait piquer votre curiosité : le héros, Orlando, est donc un personnage au sexe incertain, qui naît au XVIIe siècle en Angleterre dans la peau d'un homme, puis s'endort pendant une semaine pour se réveiller dans le futur, devenu femme, et ainsi de  suite jusqu'à 1928. Explorant les différentes facettes de cette biographie inhabituelle (pas les gens qui changent de sexe, mais les quadricentenaires), le récit éradique les stéréotypes de genre avec plus d'efficacité que bien des plaquettes distribuées par l'Education nationale.

2 Parce que Virgina Woolf ne hurle pas avec les loups

Une Chambre à soi est le livre de chevet de toute féministe qui se respecte (pléonasme), avant même le Deuxième sexe, de Simone de Beauvoir ou King Kong Théorie de Virginie Despentes. Née en 1841, Virginia Woolf était féministe, mais c'est aussi et avant tout une femme de lettres qui aura marqué son siècle et la littérature. Mariée à l'éditeur Leonard Woolf, avec qui elle créa le groupe de Bloomsbury, elle aimait aussi les femmes et c'est la poétesse et jardinière Vita Sackville-West qui lui inspira le personnage d'Orlando.

3 Parce que son humour pourrait vous surprendre

Virginia Woolf ne se contentait pas d'être bisexuelle, elle était aussi bipolaire (et l'on sait de source sûre qu'elle était bipède, mais arrêtez de poser des questions stupides). Malheureusement, la Deuxième Guerre mondiale, avec son cortège de tueries, de tortures, de privations et d'extermination, n'est pas recommandée aux personnes souffrant de dépression. Virginia Woolf se suicida par noyade en 1941.

A ce titre, la lecture de son œuvre s'impose comme un antidote : soigner le mal par le mal. D'autant qu'elle n'était pas dénuée d'humour : Orlando tourne parfois à la parodie. Ce que l'on appelle aussi : la politesse du désespoir. Et la politesse, les amis, c'est très important. Sinon on ne vous dirait pas de dire bonjour à la dame alors que vous avez envie de lui faire une langue (après avoir demandé l'autorisation en trois exemplaires) – heu, pardon, de lui tirer la langue.

4 Parce que la littérature va vous changer des ratures

Vous en avez assez des phrases farcies de fautes d'orthographe, de la pensée rase-motte, de l'à peu près vulgaire et des punchlines à deux balles ? La prose de Virginia Woolf va vous donner l'impression d'un bon bain chaud suivi d'un massage aux huiles relaxantes. La poésie pure, c'est le remède à tous les chagrins (avec un bon repas, évidemment, ou une partie de bête à deux dos).

5 Parce que mieux vaut lire une bonne fiction qu'une réalité qui délire

Ce n'est désormais plus un mystère pour personne : la réalité n'existe pas. Vous n'en avez aucune idée en dehors de celle que vous délivrent vos sens, par essence trompeurs (relisez Descartes, bordel). Quand vos sens ne vous permettent pas d'accéder à une réalité, parce qu'elle est trop loin ou trop compliquée ou trop vaste, il y a le journalisme. Au mieux, donc, quelqu'un.e qui écrit ce qu'il ou elle a vu et entendu (avec, je vous le rappelle, ses sens qui sont trompeurs). 

Même les images sont peu fiables : suivant l'endroit où l'on se place pour filmer, on va voir un morceau de la réalité et pas un autre, sans parler du montage qui vous privera d'une partie de l'histoire, du commentaire qui vous dira ce qu'il faut comprendre, et du bandeau circulant en bas de l'image vous indiquant qu'au même moment des Allemands ont détruit la ville de Marseille pour manifester leur amour du football.

Face à ce que l'on peut maintenant désigner sous le doux nom "storytelling", nous vous conseillons de vous plonger dans la fiction. Virginia Woolf vous en dira bien davantage  sur ce que vous vivez, ressentez, éprouvez sur Orlando que n'importequel journal télé ou fil Facebook envahi de drapeaux criards.

6 Parce que le frère de Dalida n'a rien à voir avec ça

D'accord, il s'appelle Orlando, mais il n'est pas le personnage de Virginia Woolf et pour vous en persuader il suffit de lire le livre. A la rigueur, vous pouvez écouter en même temps "Il venait d'avoir 18 ans" et mettre votre robe en lamé pour brâmer en mode Queen et vous détendre entre deux chapitres. Mais vous promettez d'enlever ces faux cils avant d'aller vous coucher, OK ? 

7 Parce que les libraires et les bibliothécaires sont vos meilleur.e.s ami.e.s

Orlando n'est pas déjà dans votre bibli ? Allez faire un tour à celle de votre quartier, et plongez-vous avez délice dans les œuvres complètes de Virginia Woolf, relisez Dorothy Parker, Montaigne, ou le dernier Prix du livre Inter, "7", qui vous donnera tant de plaisir qu'on se sentira coupable de vous l'avoir conseillé. Pas envie de sortir ?Orlando est aussi téléchargeable gratuitement sur Google Books.

8 7 + 1 extrait : "La violence était tout"

"Il y avait peut-être de la faute d’Orlando; pourtant, après tout, devons-nous l’en blâmer ?  C’était l’époque élisabéthaine ; la morale de ces gens-là n’était pas  la nôtre ; ni leurs poètes ; ni leur climat ; ni même leurs légumes.  Tout était différent. Il n’est pas jusqu’au temps, jusqu’au froid et  chaud de l’hiver et de l’été qui ne fussent probablement d’une tout autre humeur qu’à notre époque. La flamme amoureuse du jour était séparée de la nuit aussi nettement que la terre de l’eau. Les couchers  de soleil étaient plus rouges et plus  intenses ; les aubes  plus blanches et plus aurorales. De nos demi-jours  crépusculaires, de nos faux jours traînants, ils ne savaient  rien. La pluie tombait avec violence ou pas du tout. Le  soleil éblouissait ou l’ombre était épaisse. Transportant, comme de coutume, ces faits dans le spirituel les poètes chantaient  magnifiquement la mort des roses et la chute des pétales.  L’instant est bref, chantaient-ils ;  l’instant a fui ; la même longue nuit nous attend tous. Quant à user des  artifices de la serre ou de l’herbier pour prolonger ou  conserver la fraîcheur de ces roses, ce n’était pas leur  manière. Les complications flétries et les ambiguïtés de notre  époque, plus nuancée et plus sceptique, leur étaient inconnues.  La violence était tout. Le soleil se levait et retombait.  L’amoureux aimait et passait. Et ce que les poètes disaient dans leurs  vers, les jeunes hommes le mettaient en pratique."

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