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7 tubes allemands qui ont séduit la France

Découvrir Par Arnaud Levy 05 juillet 2016

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Wunderbar Nina Hagen

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Nena et Nina Hagen, Les Scorpions, Trio, Falko, Kraftwerk... dans les années 80, les Allemands nous battaient au foot et envahissaient nos ondes.

Jeudi on refait le match et on espère que cette fois, contrairement à la maxime de Lineker,  les Allemands ne gagneront pas à la fin. Pas question de revivre la tragédie de Séville, la frustration de Jalisco ni la fatalité du Maracaña

Si les échanges footballistique entre les deux pays ont été féconds depuis l’après guerre, il n’en est pas vraiment allé de même côté chansons. La France voulait bien succomber à la déferlante anglo-américaine, fredonner les romances italiennes, ou des boléros latinos, mais la liste des succès allemands sur nos ondes était aussi mince que celle des erreurs de Manuel Neuer. Les choses ont commencé à changer essentiellement à partir des années 80, à l'époque où la bande à Platini écrivait sa légende et remportait l'Euro 84, malgré ou à cause de ce « France Allemagne 82 ».

1 Camillo prouve que c'est la langue du slow avec Warum

OK, il n’est pas Allemand mais Luxembourgeois et c’est d’ailleurs sous les couleurs du Duché qu’il ramena une médaille de bronze de l’Euro (vision) 62. N’empêche. Après le duo De Gaulle / Adenauer, avant la poignée de main Kohl / Mitterrand, le slow de Camillo (de son vrai nom Camille Felgen et de son état speaker -en langue allemande- de Radio Luxembourg) a, au même titre que des années de jumelages et d’appariements scolaires, largement  contribué au rapprochement culturel franco-allemand.

Sorti en 1960, deux ans après la rouste infligée à l'Allemagne par la bande à Fontaine et Kopa, "Sag Warum" se vendit à des millions d’exemplaires en Europe (sauf… en Allemagne), et devint, au même titre que les Platters ou Pascal Danel, un incontournable temps fort des fins de surprise party hexagonales.

Surtout, avec cette adaptation en allemand d'une chanson des Teddy Bears écrite et produite par le mighty Phil Spector, la ménagère gauloise de moins de 50 ans réalisait que les Allemands aussi pleuraient d’amour, et les Français découvraient le potentiel de douceur mélodique de la langue de Goethe, à l’opposé des stéréotypes Papaschultziens auxquels (Hitler, débâcle de 40 et occupation obligent) elle a trop longtemps été réduite. Pour l’anecdote, "Sag Warum" a fait l’objet en 1979 d’une reprise en Français, entrée dans l’oubli et ayant vocation à y rester.

2 Nina Hagen réinvente le reggae en deutsch

Bien avant Madonna et Lady Gaga - mais sur un mode infiniment plus spontané que calculé-  elle a imposé un personnage référence alliant voix au lyrisme possédé, gout pour l’extravagance trash, provoc mi-sérieuse mi-déjantée. Icone d’un punk bigarré, Nina Hagen l’a mixé de vocalises tyroliennes et de rythmes reggae. La France connut, dixit Yves Mourousi, le Jean-Pierre Pernod des eighties, une « Nina Hagen fever ». 

Son "African Reggae", chanté en anglais et en allemand put donc franchir la barrière des playlists grand public des radios périphériques et résonner dans les oreilles des Français fraichement dégrossies par le reggae de Gainsbourg, devenant un tube inattendu. Qu’importe que peu aient alors probablement compris que les paroles  dénonçaient –en partie- la pratique de l’excision en Afrique ("Was soll ich denn aber in Africa als Frau, als Frau wenn der schwarze Mann die schwarze Frau kastriert"). 

3 Avec Trio, tout le monde sait dire trois mots...

Prenez un mythique synthétiseur Casio VL-1. Un trio (Gert 'Kralle' Krawinkel, Peter Behrens, Stephan Remmler) adepte jusqu’au nom du groupe de l’esprit ironico-décalé du début des années 80. Une phrase qui claque ("Ich lieb dich nicht, du liebst mich nicht"). Un texte minimaliste (84 fois « Da », 18 fois « Aha »). Une ligne mélodique pas plus maximaliste pour un mark, où le guitariste marque le tempo en supprimant tout solo. Mélangez sur fond  de Neue Deutsche Welle (Nouvelle vague allemande). Vous avez le groupe trio et les ingrédients du succès du titre "Da Da Da ich lieb dich nicht du liebst mich nicht aha aha aha" ("Da da da" en abrégé). 

La chanson entrera dans les Top 10 du monde (occidental)  entier (30 pays,13 millions de ventes). Comme c’était l’usage alors, on pouvait  faire durer ce plaisir minimaliste sur version longue (6,36 minutes contre 3,23). En France, la "cover" du duo "Toss" avec un  refrain "Est-ce qu'on cherche ou est-ce qu'on triche",  amplifia le succès. A Séville, la même année Schumacher avait choisi la triche. Le titre a d’ailleurs fait l'objet au fil des ans d’innombrables reprises (espagnole, portugaise, philippines, slovaque, mexicaine, arabe ...). L’essentiel était dans le « Da ».

4 Falko et son "Derr Kommissar" si 80's..

OK, lui non plus n’est pas Allemand mais Autrichien (comme aussi le groupe Opus à l'entrain inégalé et heureusement inimité). Mais bon, Falco peut se targuer d’avoir été le seul chanteur germanophone N° 1 aux Etats Unis (avec Rock Me Amadeus). Et d’avoir cartonné en France dès son premier single (1982, un million de ventes), mélange ironique de rap et de pop synthétique. Des lustres avant Eminem,  Falco fut d’ailleurs présenté comme le premier rappeur blanc. Dommage juste, qu'il ait manqué cette année là un Kommissar sur la pelouse de Sanchez Pijuan. Alles Klar ?

5 Le Tour de France de Kraftwerk : les vater & mutter de Daft Punk

Leur influence se mesure moins au classement dans les hit-parades et aux singles vendus,qu’à la marque laissée et  au nombre de samples. Sans eux pas de new wave, d’électro, de Daft Punk ni de French touch. Les hommes machines de Dusseldorf ont connu une relation privilégiée avec la France, commencée en 1973, lors d’une fête du magazine Actuel, et prolongée jusqu’en 2014 et 2015 (concerts à la Fondation Louis Vuitton puis dans plusieurs villes de France). Pas un hasard que l’un de leurs titres phares, et album éponyme, a ainsi été nommé Tour de France. 

Sorti en 1983, un an après Séville, avec des versions en Français et en Allemand, (remixé en 1984, digitalisée en 99, réenregistré en 2003) il est (notamment) le fruit de la passion des membres du groupe pour le cyclisme, pratiqué au sein du vélo club de Düsseldorf. La pochette du single figurait le groupe en formation à vélo sur fond de drapeau tricolore. 

6 Nena avec 99 Luftballons prouve que l'allemand, c'est dansant

C’est probablement aujourd’hui le tube le plus consensuel et trans-générationnel de la production allemande. En 2016, balancer 99 Luftballons dans une fête de quadras ou de quinquas, dans un mariage ou une soirée étudiante, offre une probabilité de remplir un dance floor hexagonal aussi voire plus élevée que pour un tube de Téléphone ou des Rita Mitsouko.

Les 99 ballons de baudruche de Nena (nom du groupe et surnom de la chanteuse) s’envolent en 1983, un an avant la victoire des Bleus à l'Euro,  dans le climax de la guerre contre « l’empire du mal» et de la crise des Euromissiles. C’est l’époque où l’on se demande s’il vaut mieux être rouge que mort, et où Mitterrand fait observer que les pacifistes sont à l’Ouest et les missiles à l’Est

Les paroles expriment l’angoisse de la jeunesse ouest allemande de l’époque et son rejet des logiques de guerre froide, mais le succès de la chanson en France dut plus au minois de Gabriele Susanne Kerner et à l’efficacité du trio guitares-synthés-batterie qu’au message pacifiste de la chanson. Le titre bénéficie aujourd’hui d’une double charge nostalgique. Celle d’un rock pompier bon œil efficace et innocent (à l’instar du "I love Rock’n’roll", de Joan Jett, dont "99 Luftballons" est musicalement un peu la cousine germaine). Et celle d’un esthétisme rétro early eighties, qui a fait le succès récent de la série Deutschland 83.

7 Scorpions is Still loving you for ever

Si en 1960 le succès de Camillo avait su se hisser au niveau de la production de slows américaine française ou italienne, dans les années 80 le tube de Scorpions a écrasé la concurrence.

Les moqueurs et les insensibles à cette puissance à la fois rauque et onctueuse, diront que le sentimentalisme version « heavymetal » convenait bien à la lourdeur de la mentalité allemande telle qu’on se la caricature depuis Hansi de ce côté du Rhin. Fondé dans les années 60 à Hanovre, Scorpions était devenu dans les eighties un poids lourd du « hard » mondial. Composée dès 79 mais  «mise de côté », la chanson sort en neuvième position du neuvième album du groupe, "Love at first sting" (1984), qui va donner au succès du groupe une ampleur planétaire avec 6 millions d’album vendus. La France, sacrée championne d'Europe, craque pour "Still loving you" qui est disque de platine et demeure encore la chanson d’amour internationale préférée des Français.

L’impact de la ballade sur les courbes de natalité mériterait d’ailleurs d’être sérieusement étudié afin de vérifier les affirmations des guitaristes Rudolf Shenker et Matthias Jabs pour qui elle a été «responsable du plus grand baby boom depuis la Seconde Guerre mondiale. » 

8 7 + und Sieben mehr

Dans ce survol des succès germaniques en terre française, la mire aurait pu être plus pointue.

1/ On aurait pu souligner que la musique industrielle des Einsturzende Neubauten a été l’objet d’un (étrange ?) culte avant-gardiste.

2/ Que la new wave électro des Deutsche Amerikanische Freundschafta fait chauffer les dance floor branchés des 80’s avec son alliance de bpm en fusion et de sens de la provoc.

3/ Que les scènes allemandes regorgent de pépites alternatives à l’image des Berlinois de Rotfront et de leur mix Klezmer-Rock-Ragga.

Elle aurait, aussi, pu être moins 80’s et d’avantage 2000 pour souligner

4/ Que le groupe de métal industriel (on ne se refait pas) Rammstein est la formation germanophone la plus vendue au monde.

5 / Que dans les années 2000 la déferlante Tokio Hotela aidé à redresser la cote des cours d’allemand auprès des lycéens français

6/ Que Prinz Pi fait la preuve (comme Falco plus haut et avant lui) que la langue allemande aussi était faite pour rapper

Mais on aurait, aussi, pu être plus cruel et rappeler

7/ Que, oui, la France a bel et bien craqué pour les champions de brushing du duo Modern Talking

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