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Comment tomber amoureuse d’un militant du Front National (quand on est de gauche)

S'étonner Par Eric Le Braz 17 septembre 2016

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"Une coupe pour la droite, une coupe pour la gauche"

Ch.Vootz
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Il faut bien sept conditions ! Et Alexandre les a toutes réunies pour faire craquer Mado. Cet amour impossible  se joue dans Politiquement correct au théâtre de la Pépinière tous les soirs…

Quand elle a vu Alexandre pour la première fois, Mado a tout de suite eu le coup de foudre. C’était le soir du premier tour de la prochaine élection présidentielle. Alexandre et Mado venaient de se rencontrer dans un café où le barman avait, par mégarde, échangés leurs portables qu’ils lui avaient demandé de recharger. Un quiproquo pas du tout téléphoné pour débuter une belle histoire romantique, un peu comme dans un film de Truffaut.

Mais là, on est au théâtre, une heure avant les résultats de la Présidentielle et Mado, une prof d’histoire de gauche, vient de tomber raide dingue d’un militant du Front national sans le savoir… C’est possible ce truc improbable ? On ne vous a jamais dit que l’amour était aveugle…? Alors, on vous explique.

1 Il n’a pas l’air d’un facho

C’est la beauté du diable. Physiquement, il n’y a rien à redire. Pas de crane rasé, ni d’œil de verre, Alexandre (joué par l'impeccable Thibault de Montalembert) porte beau avec un brushing à la Gilbert Collard. D’ailleurs, il est avocat comme l’autre. A part à la toute fin de la pièce où on le coiffera à la Candéloro, il jouera pendant deux heures de sa mèche ondulante et de ses regards énamourés. Il y a de quoi craquer.

2 Il a de la classe

Pas seulement d’apparence. « Il est drôle, il est sensible, il est intelligent résume Mado ». Il parle bien, déformation professionnelle certes, et avec humour. Tiens, il se définit lui même comme « un catholique et pas un catho ». Mado lui demande la différence et il répond : « Un catho est coincé et mal habillé, un catholique est ouvert et raffiné. » Et c’est vrai qu’il est open. La preuve, il aime Maxime le Forestier. Et il trouve que « le féminisme, c’est sexy ». Vous verriez Bruno Gollnisch dire ça ? 

3 Il a des valeurs

Lui : « Je suis très classique. Limite réac. Je ne veux qu’une seule femme. Mais je la veux pour moi tout seul »

Elle : « ça me plait ça ! ».

Et c’est bien le problème. Mado n’est pas tombée amoureuse d’un beau mec beau parleur. Elle aime aussi ses valeurs. Elle a une conception plus bourgeoise que bohème de l’amour. Elle est jalouse, ça tombe bien : il est fidèle. Ils sont en complète harmonie. L’amour c’est une valeur tradi qui a toujours séduit même les intellos plus gauchistes, alors…

4 C’est un bon coup

C’est Mado qui le dit, décrivant sa première nuit comme « surprenante et sauvage ».  La même qui, dans des SMS à sa copine marxiste, affirmait que les fachos avaient « des petites bites ». Ben non.

Alexandre a consulté ce message sur l’anatomie supposée des frontistes quand il avait le mobile de Mado en main. Et ça l’a bien motivé. Il avait l’intention de profiter de cette bobo de gauche la nuit, puis de la larguer le lendemain. Sauf que…

5 Il est amoureux

C’est bien connu et d’ailleurs c’est Femme actuelle qui le dit, la clef du bonheur en amour, c’est de tomber amoureux de quelqu’un qui vous aime. Et Alexandre aime Mado. Elle le sait et nous aussi. Et cet amour est encore plus évident quand Mado comprend qu’il milite au Front National...

Car Alexandre fait tout pour la garder. Et s’il a du mal à la convaincre, il emporte facilement l’adhésion du public. Ce type est sympa et tolérant tandis qu’elle s’arc-boute sur des principes tout en se contorsionnant : « Tu m’as retourné la tête » dit-elle dépitée. Il lui explique pourtant en long, en large et en travers qu’il n’est pas celui qu’on imagine…

6 Il n’est pas vraiment facho

C’est une sorte de souverainiste populiste à la Philippot qui se définit comme "nationaliste et républicain" : « Un républicain qui veut que les gens qui vivent dans son pays respectent les lois de république ».  Et il ajoute que tout le monde comprendrait qu’il refuse d’accueillir des gens mal élevés à sa table. Alors pourquoi pas dans son pays, hein ? C’est frappé au coin du bon sens. C’est comme ça que le FN a réussi sa dédiabolisation. Et c’est bien ce qui le rend dangereux…

7 Il veut juste qu’on l’accepte…

Comme on accepte le FN qui devient un parti comme les autres. A la fin, il ne cherche plus vraiment à convaincre Mado. Il sait bien qu’il ne va pas la transformer en frontiste. Il voudrait seulement qu’elle l’accepte tel qu’il est, avec ses convictions, comme lui accepte les siennes…

A ce moment, dans la salle, après avoir beaucoup ri, y a comme un malaise. On se demande vraiment comment l’auteure va s’en sortir.

Ben, je ne vous le dirai pas. Mais Rachel Arditi  qui l'interprète le fait avec maestria.

8 7 + dépêchez-vous d’y aller !

Salomé Lelouch a réussi à écrire une pièce subtile sur un sujet où les opinions sont en général préformatées. Les idées reçues existent dans Politiquement correct, mais elles sont véhiculées avec humour et talent par les deux comédiens qui jouent les amis d’Alexandre et de Mado : le beauf bas du plafond, limite identitaire, d’un côté, la marxiste psychorigide de l’autre.

Tous les personnages de la pièce sont d’ailleurs épatants : les deux amis, la "coco"

(Ludivine de Chastenet) et le "facho"  (Bertrand Combe) , sans oublier le barman

(Arnaud Pfeiffer) dont les interventions sont toujours à mourir de rire. Politiquement correct est donc une comédie…. Et une tragédie à la fois. « Ma vie basculé dans la tragédie grecque » s’exclame d’ailleurs Mado qu’on imagine tour à tour habitée par Antigone, Juliette et Bérénice...

Bref, on vote  plutôt 7 fois qu’une pour cette comédie cornélienne. Et on parie que vous ferez comme nous quand vous l’aurez vue. Mais dépêchez-vous de réserver ! J’y suis allé un soir de Ligue des champions et de sorties ciné : la salle était déjà quasi pleine après seulement deux semaines de représentations. Un succès amplement mérité qui doit perdurer jusqu’au 31 décembre, mais qui, selon nous, devrait avoir droit à un second tour pour tenir l’affiche jusqu’au 23 avril, voire jusqu'au 7 mai si jamais Marine Le Pen...

Politiquement correct, du 2 septembre au 31 décembre 2016.

Du mardi au samedi à 21h, le samedi à 16h.

Tarifs : de 12 à 38€

La Pépinière Théâtre

 7 Rue Louis Legrand

75002 Paris

Réservations : www.theatrelapepiniere.com

Tél. : 01 42 61 44 16

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