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Les 7 familles de citoyens du Printemps républicain

Décoder Par Hervé Resse 19 mars 2016

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Toutes les familles du Printemps républicain se sont déjà retrouvées ensemble et unies, comme ici à Rennes, le 11 janvier 2015 ...

JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
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Hervé Resse a signé le manifeste pour le Printemps républicain et il voit bien sept familles de citoyens venir le rejoindre… même si d'autres parmi nous à 7x7 n'en prennent pas du tout le chemin

Le 11 mars, Marianne a publié un manifeste pour «Le Printemps républicain». Les signataires de cet appel lancent officiellement le Printemps dimanche 20 mars à  à la Bellevilloise (19-21 Rue Boyer, Paris 20e, métro Gambetta ou Ménilmontant) à partir de 14h30. Au programme : tables rondes, rencontres et dialogues avec, notamment, Fleur Pellerin ou  Gilles Kepel... À un an d’une présidentielle hautement improbable, des citoyens pour la plupart “issus de la gauche” à l'instar de son promoteur le politologue Laurent Bouvet, l’ont signé, rejoints par quelques personnalités (Élisabeth Badinter, Anne Sinclair, Marcel Gauchet, Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo…). 

Ils viennent de la gauche mais ne se reconnaissent pas dans ses errements actuels. Ils veulent alors rassembler “large” autour de fondamentaux, appeler le politique à se ressaisir. Ils entendent notamment que l’on cesse de jouer aux plus fins avec ceux qui, de moins en moins masqués, s’avancent en fossoyeurs des principes qu’exprime notre Constitution et qui fondent notre République laïque et sociale…

Comme il y eut naguère des Indignés, imaginons pour ce Printemps républicain, 7 cliques de citoyens qui pourraient s’en réjouir, voire s’y associer. La pétition se signe ici.

1 Les décontractés du style

On espère qu’au Printemps républicain se retrouveront une belle troupe de Décontracté-e-s. Toutesselles et tousseux qui, sans qu’on le leur précise, auront compris que disant citoyens, nous signifions citoyenNES et citoyens. Le (ou la) décontracté-e ne fait pas une affaire de ce raccourci syntaxique. Il est de moins en moins sensible aux léchouilles de la novlangue de bois. Elle ou il, sait que l’égalité entre femmes et hommes se mesure dans les faits, plus que dans l’usage convenu et policé des mots et tournures de phrases. Leoula Décontracté a bien capté qu’en même temps qu’on le berce de jargons corrects, on regarde et laisse passer des régressions souvent ahurissantes. Avec ces citoyens de tous genres, rêvons alors un Printemps républicain qui nous évade du nian nian, du correct à deux sous. Histoire de regarder un peu l’état réel de notre République, en son état d’urgence et de pauvre confusion idéologique… 

2 Les désabusés du vote

 … Confusion qui engendre la grande farandole des Désabusés, laquelle se désole de voir la gauche gouvernementale reculer sur les socles et principes de la République. Moins par conviction que parce qu’il faut bien vivre – donc manger... Et pour cela, quand approche l’heure du couperet électoral, persuader les représentants des communautés, à défaut de convaincre les individus. Alors, pour mieux souligner qu’on « respecte » les différences, on les encourage… Au mépris des règles communes. Les Désabusés savent bien que la droite au gouvernement ferait de même et pour les mêmes raisons. Pour autant, cette famille a des principes. Digne, elle reste indifférente aux sirènes des droites extrême ou populiste. Elle les observe de loin, qui se frottent les mains, capitalisent les mécontentements, et font main basse sur des concepts et valeurs auxquels elles n’ont jamais cru, république, laïcité… Comme elles le firent jadis du drapeau tricolore ou du patriotisme. Les Désabusés ne s’y laissent pas prendre. Ils s’abstiennent - ou font semblant de croire qu’il y aurait quelque sens à comptabiliser le vote blanc-. Les désabusés sont désolés, mais pas déboussolés.

3 Les consternés du débat

Au Printemps républicain rappliqueront aussi les Consternés. Il ne leur échappe pas qu’une extrême gauche – donc “progressiste”, soi-disant – s’acoquine à des fondamentalistes parmi les plus moyenâgeux. Cet attelage qu’on eut cru incongru s’y entend notamment pour désigner des coupables autrement dangereux qu’un porteur de kalachnikov. Ce sont ces fameux “phobes”, qui n’ont en réalité qu’un défaut : déplorer que les religions et les courants politiques qui les instrumentalisent, s’offrent une place si envahissante dans la vie publique. D’autant que, partout où les religieux se mêlent d’édicter les règles de vie de la Cité, ils voient refluer la Liberté. Le Consterné se lasse qu’on le prenne pour un sot. 

Par exemple ? Quand des clubs de sociologues, sous couvert d’un antiracisme en l’occurrence inepte, se parent des plumes du “sachant”. Ils s’en vont désigner, accuser, dans une presse étonnamment complice, des écrivains courageux, Boualem Sansal, Kamel Daoud, qui tous deux prennent, lorsqu’ils s’expriment, des risques pour leur sécurité. Heureusement le Consterné ne veut plus être dupe. Il apprend à débusquer les intolérants maquillés en victimes. Il sait aussi qu’accuser autrui de ses propres turpitudes est un classique des rhétoriques spécieuses. Le Consterné n’a guère d’empathie pour les Fouquier-Tinville germanopratins.

4 Les épouvantés du déshonneur

Au Printemps républicain, on croisera aussi la famille Épouvantés. Ils viennent d’apprendre qu’au pays des Droits de l’Homme (et même de la femme… si, si), on a remis une Légion d’honneur au représentant d’un Royaume où perdure ce désuet folklore : la décollation au sabre d’individus vivants. En pleine rue, souvent ; voire à l’heure des sorties d’école, car la pédagogie, c’est important. C’est aussi le Royaume où, dit-on, les femmes n’ont ni le droit de conduire, ni celui de sortir au soleil autrement que couvertes de pied en cap d’une bâche intégrale, dont le noir de deuil paraît au bout du compte un rien déprimant. Surtout lorsque les jours allongent et que les oiseaux de nouveau sifflent au petit matin. L’Épouvantée, notamment, s’imagine assez mal en épouvantail. 

5 Les primesautiers troubadours

D’humeur plus légère, malgré l’heure grave, nous saluerons les Joyeux troubadours qui, à chaque retour d’avril, fredonnent avec Hugues Aufray, que « les filles sont jolies dès que le printemps est là ». Ils vous jurent que quoi qu’en dise l’air du temps, il n’y a là aucun sexisme. Juste une joie positive, un genre d’hymne à la vie et au soleil. Toute honte bue, ces héritiers de Brassens confessent qu’il leur plaît de voir ces dames, amies ou inconnues, aller sereines et court vêtues – ou pas, si telle est leur envie à elles, cheveux au vent, sourires aux lèvres… Femmes qui du reste ont pour cela quelque mérite : la République ne leur est pas toujours bonne camarade. Notamment à l’heure des bulletins de paye, puisqu'après plus de 40 années à disserter sur le sujet, l’égalité salariale demeure une utopie…

6 La chorale républicaine

Au Printemps républicain s’entendra pourquoi pas la Chorale AmourSacrédelaPatrie. Viennent y chanter les convaincus que la France a dans ses gènes un devoir. Écrire une Histoire – vécue ensemble ou non, là n’est pas l’important – dès lors qu’elle devient Histoire partagée, avec majuscule. De sa lecture jaillissent des principes communs, auxquels on adhère en étant (ou devenant) Français. Ceux-là se désolaient qu’une idée généreuse soit ainsi battue en brèche, qu’on n’enseignât plus la matière à l’école, ou si peu, si mal. Étonnons-nous ensuite que des communautés se replient sur elles-mêmes, ne se définissant plus que par ce qui les sépare de la communauté nationale (et non, le mot n’est pas un gros mot). Il n’existe qu’une communauté, celle que reconnaît notre Constitution, et il faudrait regagner les Territoires Perdus de la République. Ce n’est pas perdu. Au rappel d’un concert de punk-rock, l’auteur de ces lignes a entendu le chanteur entonner la Marseillaise, en français… Et tout le public pogoteur de la reprendre en chœur. En dédicace à tous ceux du Ba-Ta-Clan.

7 Vers une lucidité française ?

Avec tous ceux-là, le Printemps républicain accueillera sous l’étendard de la Lucidité toutes les femmes et tous les hommes, de toutes origines et couleurs de peau, de toutes convictions, qui connaissent le passé colonial de la France. Ils savent bien qu’il n’y a pas là de quoi être fier. Tant s’en faut. Mais la lucidité impose de l’assumer : cette période appartient comme les autres à l’Histoire, la nôtre. Histoire jalonnée de fiertés et de fautes, d’héroïsme et lâcheté. Elle a ses crimes d’État, ses massacres honteux, comme elle a ses heures de grandeur. 

Loin de s’enferrer dans la repentance, la contrition, ces citoyens-là se retrouvent plutôt, devinons-nous, dans l’idée que résumait le grand militant anticolonial Frantz Fanon,  auteur que feraient bien de relire les haineux de la République. Fanon disposait dans Peau noire, masques blancs que, même s’il est important de se reconnaître dans un passé commun, aucun homme ne doit pour autant être prisonnier de son passé. Les hommes doivent plutôt chercher à construire leur avenir. Il ne faut pas « fixer l’homme » – le fixer dans son histoire, dans sa situation de colonisé ou d’ancien esclave pour les Noirs – mais « lâcher l’homme ». 

C’est le Printemps républicain : lâchons-nous !

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