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Les sept gauches dont Tina ne veut pas entendre parler

Décoder Par Nicolas Salvi 25 mars 2016

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Un bon direct du gauche ? Parfois il vient de la droite. Comme ici avec Justin Trudeau.

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Connaissez-vous Tina ? Mais si, la copine de Maggie ! On l'appelait aussi There Is No Alternative au doux temps du règne de Margaret Thatcher. Eh bien il semblerait qu'en fait, Tina soit toujours aussi sourde au mouvement social. Mais certains se chargent de lui déboucher les oreilles.

Bernie va perdre, les Islandais sont fous, Podemos ne peut pas grand chose et les Irlandais n'ont rien compris. Les médias ont tendance à enterrer les gauches émergentes pour ne pas fâcher « TINA » (There Is No Alternative), la créature méphistophélique de Margaret Thatcher qui a servi à détruire la classe ouvrière et le service public anglais dans les années 1980 pour « libérer le marché » et livrer le monde à la finance folle. 

Mais Maggie est morte et Corbyn vit encore. Et même, il revient sur le devant de la scène en Grande-Bretagne. Comme Bernie Sanders aux Etats-Unis, ce leader travailliste n'est pas un perdreau de l'année, mais ces idées paraissent d'une fraîcheur inattendue dans un monde où les idéaux et les valeurs de gauche ont été laminés par le grand tournant néolibéral à la fin du siècle dernier. Les Islandais ont réussi à remonter la pente en envoyant leurs banquiers en prison, les Espagnols ont brisé le bipartisme en Espagne, et les Portugais ont fait alliance avec les communistes pour former un gouvernement ce printemps. 

Vous en avez entendu parler ? Personne ne vous dit rien non plus de DIEM25 (Democracy in Europe Movement) créé à Berlin le 9 février dernier par Yanis Varoufakis, l'ancien ministre des Finances du gouvernement Tsipras, qui irrigue tous ces mouvements et les relie. 

7 x 7 vous fait la récap' des 7 gauches qui montent, qui montent, qui montent. Et qui murmurent à l'oreille des anti-Tina du monde entier.

1 Bernie Sanders aux Etats-Unis

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Le gouvernement ne va pas se réformer tout seul. C'est à nous, le peuple, de le faire. 

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Bernie Sanders est un formidable accident. Comment est-il possible, en 2016, qu'un vieux Monsieur (74 ans) prononçant plusieurs fois par jour le mot « socialisme » obtienne un tel soutien aux Etats-Unis ?

Personne ne sait si Bernie a vraiment ses chances pour les prochaines élections présidentielles, mais ses scores aux primaires ont déjà défié les lois de l'attraction. Après avoir perdu un état à pile ou face et gagné un autre, il continue d'exalter les foules – en particulier les jeunes qui ne jurent que par lui. Lors du Super Tuesday du 16 février dernier, il a raflé quatre nouveaux états sur onze face à Hillary Clinton, et continue sa progression, même si la candidate démocrate domine encore la course contre Donald Trump, qui caracole en tête chez les Républicains. Le sénateur du Vermont qui n'a pas peur d'en appeler à une « révolution politique », n'a cependant pas encore dit son dernier mot. Depuis le début de la campagne il a récupéré 96 millions de dollars récoltés en dons de particuliers. En face,  Hillary n'a obtenu « que » le double – 188 millions - avec l'aide des gros donateurs et des banques.

Bernie veut l'augmentation du salaire minimum, l'abolition de la peine de mort, la gratuité de l'université, le plafonnement des comptes de campagne. La prochaine fois qu'on vous parlera d'élections américaines, peut-être qu'on n'en sera pas réduits à compter des dollars. D'autant que Sanders pourrait être un recours si la candidature d'Hillary Clinton, menacée par plusieurs scandales, tournait court. A suivre de près.

2 Le Parti Pirate en Islande

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Les Vikings ont décidé de pirater la politique.

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La dernière fois que l'Islande a fait parler d'elle, c'était en 2008. La foule avait envahi la rue pour expliquer au gouvernement que non, elle ne paierait pas les dettes des banques. En avaient découlé une nouvelle constitution, et des poursuites contre les banquiers véreux.

On sait, avec Wikileaks, que cette petite île de 300 000 habitants est le paradis des hackers. Julian Assange et son équipe s'y sont d’ailleurs réfugiés à plusieurs reprises. Ce qu'on sait moins, c'est qu'une bonne partie des électeurs compte bien les porter au pouvoir. Enfin, pas les hackers en général mais le Parti Pirate islandais. Un sondage récent accorde à la toute petite – et toute jeune – formation politique 42 % des intentions de vote. Et ce n'est qu'un début, vue la progression fulgurante des flibustiers dans le cœur des Islandais. 

Ce ne serait pas non plus exactement une première : n'oublions pas que le maire de Reykjavik de 2010 à 2014 était Jón Gnarr, un humoriste punk élu pour le compte du « Meilleur Parti », une organisation satiriste qui demandait la construction de Disneyland près de l'aéroport ou la distribution gratuite de serviettes à la piscine. Un programme fantaisiste qui n'a pas empêché le Meilleur Parti de gouverner en s'alliant avec les socio-démocrates, et de revendiquer un bilan très honorable pour plus de démocratie et d'écologie dans la capitale islandaise.

Le secret des pirates d'aujourd'hui ? Un programme basé sur la démocratie directe et le recours fréquent aux référendums, mais aussi un sérieux penchant pour l'égalité et la justice sociale. Au menu, donc, l'instauration légale d'un salaire minimum, l'encadrement des loyers, la dépénalisation des drogues et le respect de la vie privée. A l'abordage.

3 Podemos en Espagne

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Caramba, ils se sont encore trompés d'Iglesias à la doc. On avait dit Pablo, pas Julio. 

DR

Ça a commencé avec les Indignés et le mouvement du 15 mai 2011. Des milliers d'Espagnols venus de tous horizons se sont assis sur les places publiques et ont commencé à parler, à mettre en œuvre une autre façon de faire de la politique : directe, solidaire, égalitaire. Avec, en ligne de mire, l'austérité qui mine leur payssous la férule européenne. Quatre ans plus tard, le mouvement s'est structuré en parti politique dont émerge la figure de Pablo Iglesias (aucun lien avec le chanteur de charme, autant qu'on sache).

En 2015, Podemos rafle la mairie de Barcelone avec Ada Caulo et celle de Madrid avec Manuela Carmena. La Corogne, Cadix et Séville voient aussi apparaître de nouveaux élus nourris de démocratie participative et de réseaux sociaux. Le propos fondateur est le même que sur les places occupées : il y a la caste, et il y a nous, le peuple. Sans surprise, la caste a répliqué en créant Ciudadanos, une sorte de Podemos de droite. Les médias ont fait leurs choux gras de ce nouveau parti, comme ils ont aimé faire état des dissensions et divergences au sein de Podemos quant à leur stratégie électorale.

Les élections législatives de janvier 2016 ont brisé le bipartisme qui a régné sur l'Espagne depuis la mort de Franco. Et Podemos se place en troisième place, avec 20,7 % des suffrages, 300 000 petits bulletins derrière le Parti socialiste. Ciudadanos, de son côté, arrive quatrième en captant 13,9 % des voix. Après trois mois d'âpres négociations, aucun accord de gouvernement n'a pu être trouvé, et l'on se dirige vers de nouvelles élections le 26 juin, sur fond de scandales dans les partis traditionnels. 

Podemos pourrait-il transformer l'essai ? Les maires des grandes villes d'Espagne où ils sont aux manettes en sont persuadés et se sont alliés avec le nouveau mouvement de Yanis Varoufakis, DIEM 25, qui a vu le jour à Berlin le 9 février dernier, pour un nouveau « Plan B » contre l'austérité.

4 Trudeau au Canada

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Il est du centre droit, mais placé à gauche sur cette photo durant un match de boxe caritatif, Justin Trudeau pourrait bien mettre une bonne droite à la droite. 

DR

Elu en novembre dernier, le gouvernement de Justin Trudeau est indubitablement cool. Le jeune chef du Parti Libéral a rassemblé une équipe qui force le respect par sa diversité. Le ministère de la Défense et le ministère du Développement économique sont ainsi dirigés par des Sikhs, la ministre de la Justice est d'origine autochtone. Notons également le ministre des Anciens combattants, en chaise roulante, et la ministre des Sports, athlète paralympique atteinte de déficience visuelle.

Depuis, Justin Trudeau est devenu le héros des réseaux sociaux. Justin Trudeau s'excuse auprès des Amérindiens, Justin Trudeau accueille les réfugiés, Justin Trudeau porte un chandail rose pour lutter contre le harcèlement scolaire, Justin Trudeau fait la promotion du féminisme à Davos, Justin Trudeau participera à la prochaine Gay Pride...

Pour l'instant, la cote du Premier Ministre tient le coup. Reste à voir ce que son gouvernement proposera en matière de retraite, d'assurance chômage, d'accès à l'emploi des jeunes… Aux dernières nouvelles, le Parti Libéral reste une formation de centre-droit.

5 Jeremy Corbyn au Royaume-Uni

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Jeremy Corbyn, poil à gratter anti-austérité du parti travailliste

AFP

Avant, c'était simple. Il n'y avait pas de gauche au Royaume-Uni. Nous assistions, vaguement intéressés, à l'alternance entre les travaillistes et les conservateurs, tentant vainement de discerner une différence entre leurs politiques respectives.

Et puis, par un réveil inattendu des militants travaillistes, Jeremy Corbyn est arrivé. A vélo. Député depuis 1983, le poil à gratter anti-austérité du parti s'est finalement retrouvé à sa tête. Commentaire de David Cameron sur Twitter : « Le parti travailliste représente maintenant une menace pour notre sécurité nationale, pour la sécurité de notre économie et celle de votre famille ».  Il est vrai que Corbyn aimerait se passer de la reine et, même, donner un Etat aux Palestiniens.

Quand Corbyn aura été élu, il sera notamment question d'imposer davantage les hauts revenus, de créer un salaire maximum, de revoir le statut de l'école publique à la hausse, de renationaliser les chemins de fer et l'énergie, de cesser de vendre des armes à Israël… Début mars, il annonçait que Yanis Varoufakis, l'ancien ministre des Finances du gouvernement Tsipras reconverti en tête de pioche mais aussi tête de réseau, le conseillait. Assisterait-on à la naissance d'un axe du «  bien  » résolu à tordre le cou à la crise au profit du peuple souverain ?

6 Right2Change et le Sinn Féin en Irlande

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Right2water va-t-il étancher la soif de démocratie des Irlandais ?

Répétez après moi : l'Irlande est la preuve que l'austérité fonctionne. Après une cure de plusieurs années, la croissance est de retour et le chômage baisse. Le problème, c'est que les Irlandais peinent à voir la couleur de ces bonnes nouvelles.

En 2014, le gouvernement annonce l'entrée d'un prestataire semi-privé dans la gestion du réseau d'eau potable. Traduction : de nouvelles factures en plus de l'impôt déjà existant, et une probable privatisation. Pour de nombreux Irlandais c'est la mesure de trop. Le mouvement Right2Water émerge, rassemblant petits partis de gauche, syndicats minoritaires et acteurs de la société civile. Qui a dit « Podemos » ? A force de manifestations, d'autres thèmes sont abordés : le mal-logement, l'émigration massive des jeunes, la ruine du système de santé… Une nouvelle étiquette anti-austérité fait alors son apparition : Right2Change.

Un mouvement de contestation inédit qui a été essentiellement capté par le parti de gauche Sinn Féin. Les élections du 26 février ont été historiques en ce sens : pour la première fois, une opposition de gauche siège au Parlement. Cette situation n’est pas vraiment du goût des deux partis de centre-droit (Fine Gael et Fianna Fail) qui font la pluie et le beau temps depuis l’indépendance du pays. 

Résultat : une situation à l’espagnole, peut-être même encore plus absurde. Les deux grands partis, aux idéologies très similaires, disposent largement du nombre de sièges nécessaire pour former un gouvernement ensemble. Mais ce serait accorder au Sinn Féin une crédibilité de force d’opposition. Faute de mieux, le premier ministre Enda Kenny fait la chasse aux députés indépendants pour former un gouvernement minoritaire…

7 Antonio Costa au Portugal

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Le nouveau Premier ministre du Portugal a pris la tête d'une coalition "tout sauf la droite".

PROACTIV

Il y a des pays, pas si éloignés de la France d'ailleurs, où le parti socialiste préfère faire alliance avec la gauche. Il faut dire que les dernières années d'austérité ont été éprouvantes pour les Portugais. Menée par Antonio Costa, voici donc une fragile alliance allant des communistes aux socialistes en passant par les verts aux commandes du pays.

Et la tâche ne sera pas facile pour le nouveau premier ministre. D'un côté, il devra faire tenir cette grande coalition unie autour du « tout sauf la droite ». De l'autre, il devra appliquer un programme contre l'austérité sans subir le sort funeste de Syriza en Grèce. Pour l'instant, il a l'air de s'en sortir. Le budget 2016 a été à la fois validé par Bruxelles et voté par le parti communiste. 

Le gouvernement Antonio Costa y a notamment supprimé les coupes dans les revenus des fonctionnaires et allégé une taxe sur les salaires. Des petits pas qui mèneront peut-être à la fin du gel des retraites et à la revalorisation du salaire minimum, deux choses promises par le premier ministre.

Pas question, en revanche, de parler de restructuration de la dette. On a vu les résultats que ça donnait. Reste à voir si la prudence paiera…

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