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Pourquoi il faut voter à toutes les primaires

Décoder Par Eric Le Braz 05 octobre 2016

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Il y a des choses qu'on préfère ne pas voir... mais pour ça, il faut s'inscrire aux préliminaires.

Photo montage par Benetton
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On peut participer aux préliminaires des autres camps sans se laisser pénétrer par leurs idées. Et cette stratégie transgressive n''a rien d'immoral : c'est l’émergence d’une nouvelle forme de démocratie.

Depuis quelques semaines, les médias et les états majors politiques s’affolent face à un phénomène émergent et inédit : la tentation des électeurs de gauche d’aller voter à droite. Enfin de participer aux primaires de la droite, mais c’est tout comme puisque le vainqueur du tour préliminaire a de grandes chances d’être élu Président.

Ce tour de passe passe électoral est plutôt mal vu par ceux qui s’estiment en être les futures victimes. Pourtant ce vote transgressif pourrait bien devenir le prélude à une nouvelle forme de démocratie… Défendre des valeurs, c'est plus efficace que s'agripper à des principes. Démonstration en 7 arguments.  

1 A gauche on a tendance à choisir le pire candidat

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Qui a gagné en 2007 ?  La plus clivante... 

L’histoire récente est parlante. En 2007, les électeurs de la primaire socialiste ont choisi la pétillante Ségolène Royal qui a terrassé ces deux adversaires éléphantesques DSK et Laurent Fabius avec 60 % des suffrages au premier tour. La candidate de l’ordre juste a ensuite fait une campagne calamiteuse, clivante et crispante pour finalement s’effondrer face à un Sarko, à l’époque rassembleur.

Rebelote en 2012. Orphelins de DSK, les électeurs de gauche ne choisissent pas le candidat le plus compétent mais celui qui présente le moins d’aspérités… Porté par le rejet de Sarko et une campagne opportunément très à gauche, c’est Hollande qui l’emporte avant de devenir un président qui renie ses engagements et présente un bilan globalement désastreux.

Bref, quand c’est Mitterrand qui se présentait… heu qui s’imposait, on n’avait pas tous ces problèmes de mauvais casting des primaires.

Mais voilà, c’est fini cette époque tranquille. La gauche a donc tout intérêt à laisser les électeurs de droite squatter sa belle primaire populaire pour éviter de faire encore un mauvais choix. Et réciproquement.

2 A droite, on est tenté par un candidat repoussoir

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Pas certain qu'il remporte ce duel...

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Le phénomène de nivellement par le bas des primaires s'impose outre Atlantique où Trump et son histrionisme terrifiant a su mobiliser une frange dure d’un électorat petit blanc pour emporter sa primaire. En France, cette même frange, toujours plus mobilisée, ferait passer Sarkozy, pas tout à fait finger in the nose  certes, si la primaire se limitait aux électeurs de droite.

Or si Sarko élimine Juppé, il y a un vrai risque pour la droite de se priver de la victoire finale en raison d’un antisarkozysme (primaire là encore) qui transcende tous les partis. Sarko à l’élection présidentielle, c’est un boulevard pour un candidat de gauche présentable, pour un Bayrou revanchard ou un Macron en embuscade. Ou pire : si Sarkozy atteint le deuxième tour, il risque de se faire plier par Marine Le Pen car les électeurs de gauche n’iront pas trancher entre la peste et le choléra.

Electeurs de droite, soyez pragmatique : vous avez tout intérêt à laisser les électeurs de gauche squatter votre sa primaire pour éviter de faire un choix suicidaire…

3 Voter à droite quand on est de gauche, ce n’est pas trahir son camp

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Et en fait, ça ne dépasse pas deux euros par tour...

L'obs

Les arguments des électeurs de gauche qui se refusent à voter aux primaires LR sont tout-à-fait recevables (grosso modo : chacun reste à sa place et les vaches sont bien gardées) mais le plus souvent teintés d’irrationnel. Hésiter entre le vote utile et Besancenot, ça on connaît. Mais le billard à trois bandes, c’est pas bien et c’est Mathieu Croissandeau qui le dit. Car à gauche, on est une famille. Et on ne peut pas renier sa famille. Les personnalités de gauche qui ont travaillé avec des gouvernements de droite ont perdu soudainement presque tous leurs amis….

Cette intransigeance et cette exigence de fidélité proche des prérequis de la mafia sicilienne, se sont peut-être un peu estompées avec le danger du FN.  Mais il reste derrière ce refus de s’approcher de l’altérité, une condamnation hautement morale, j’allais dire judéo-chrétienne. Glisser un bulletin dans une fente  de droite devient vite un acte pervers, comme s’accoupler avec une race extra terrestre. Mais on parle de politique, non ? Qu’on se le dise, en politique, sucer n’est pas tromper.

Et ne pas se mouiller, c’est laisser le terrain à d’autres. Car les électeurs FN, eux iront aussi voter à la primaire de la droite...

4 Voter à gauche quand on est de droite, c’est s’encanailler pour la France

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Charb avait tout prévu en 2012...

Et surtout éliminer Hollande, le pire cauchemar de la droite, même s’il est devenu social-libéral entre temps. Il est trop tard pour s’inscrire, mais participer à la primaire EELV, c’est aussi l’occasion de voter contre l’épouvantail Duflot. Il y a surtout dans cette opportunité de contribuer undercover aux scrutins préliminaires de la gauche, l’occasion de corriger le tir de ces électeurs bien immatures qui choisissent toujours les pires candidats (voir point 1) et ceux-ci arrivent parfois à gagner !

5 Dans une présidentielle à 8 tours, on récompense le sens civique

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Un électeur multirécidiviste a des super pouvoirs !

Oui, vous avez bien lu : il y aura huit tours de manège. Faites le compte : deux tours probables à la primaire de la droite, deux tours aussi à la primaire écolo et deux tours enfin à la « belle » primaire populaire de gauche. Ça nous fait six tours préliminaires auxquels il faut ajouter les deux tours de la présidentielle officielle de 2017. 

Donc imaginez un citoyen (moi au hasard) qui va voter à toutes ces primaires : sa voix pèsera bien plus que celle des indifférents qui vont se contenter de choisir parmi des finalistes. Le multi-votants a une carte d’électeur qui compte au moins double. C’est lui le vrai faiseur de rois car il élimine la plupart des prétendants. Pour une fois le civisme est récompensé. Et si vous n’êtes pas content des candidats qu’on vous propose en avril 17, fallait vous réveiller avant...

6 Le zapping politique, c’est une preuve de maturité

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Le sens politique, c'est aussi de l'acquis, pas seulement de l'inné. 

Le clivage entre la gauche et la droite structure le paysage politique français depuis la Révolution. Et il a été pertinent pendant plus de deux siècles. L’est-il encore ? Probablement si l’on se réfère aux programmes économiques des prétendants à la primaire de droite. Voter Juppé, c’est quand même aussi choisir le retour aux 39 heures et la retraite à 65 ans. Ce qui n’est pas indolore si l’on a des convictions sociales ancrées. La remise en cause du droit du sol par Nicolas Sarkozy n’est pas non plus anodine… Mais au delà de ces débats récurrents, il y en a d’autres qui sont rarement abordées et qui seront probablement les futurs marqueurs de ce siècle où les conservateurs comme les progressistes seront dans les deux camps.

Qui va proposer un statut social pour les travailleurs uberisés ? Quelles sont les solutions à la robotisation des métiers ? Qui s’engage pour un revenu universel ? Quelle est la position des politiques Français sur le transhumanisme ? Les nanotechnologies ? Le voyage spatial ?

D’autres débats plus classiques  transcendent déjà les deux camps : l’Europe contre le souverainisme, la laïcité face au communautarisme, l’écologie même… Les écolos de droite, à commencer par NKM, voire Juppé, sont beaucoup moins marqués par l’idéologie productiviste polluante que la plupart des socialistes. Sans parler de Macron.

En fait, on peut aujourd’hui, comme Mélenchon, vouloir supprimer les pesticides et miser sur "des projets innovants d’exploration spatiale" (si, c’est dans son programme) tout en étant pour le revenu universel (comme Benoit Hamon ou Frédéric Lefebvre, tenté par Macron) et être aussi européophile que Bayrou.

Le seul problème, c’est qu’on ne peut pas trouver dans ce cas candidat à son pied. Sauf à voter à toutes les primaires, c’est un pis aller. Ou imaginer une autre démocratie...

7 C’est le début de la démocratie subtile

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La démocratie subtile, c'est beaucoup plus fun que le billard à trois bandes.

Voter à toutes les primaires, c’est un premier pas, certes imparfait, pour inventer à tâtons d’autres formes de démocratie. A l’échelle d’un pays, la démocratie directe qui peut parfaitement réussir au niveau local, est complexe à mettre en œuvre.

Mais si l’on pousse un peu plus loin le raisonnement du vote fractal à l’œuvre dans les primaires, on peut imaginer des alternatives à la démocratie représentative telle que nous la connaissons. La proportionnelle aux législatives serait un minimum syndical. On rétorque qu’elle rendrait la France ingouvernable. Ce n’est pourtant pas le cas d’autres pays, à commencer par l’Allemagne. Et cela permettrait peut-être l’émergence d’un gouvernement d’union nationale dont nous pourrions avoir besoin…

On peut cependant avoir plus d’imagination. Grace au vote électronique, il serait pertinent de moderniser l’antique scrutin par panachage qui fit les beaux jours des élections municipales dans les petites communes. L’idée ? Prenons un exemple. Vous êtes a priori sympathisant socialiste, mais vous voudriez mettre un peu de vert dans le rose et même du bleu pour la politique économique et du rouge pour la question des migrants. Vous votez en répartissant votre vote : 40 % PS, 30 % écolo, 20 % LR et 10 % coco.

On peut aller encore plus loin et imaginer que vous choisissez des briques de programmes que vous assemblez dans votre scrutin, ce qui serait un référendum permanent. Dans le cas ci dessus-cité, je voterai par exemple pour l’arrêt des centrales nucléaires, le voyage spatial, le revenu universel et une Europe fédérale. Tout est possible.

La cuisine électorale, c’est pour l’instant un seul plat de résistance indigeste. Il serait temps de passer aux tapas...

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