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Quel avenir pour la Nuit Debout  ?

Anticiper Par Elise Thiebaut 20 avril 2016

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Au-delà des slogans, le monde ne vous entendra pas crier... 

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Après la pluie vient le beau temps, et après la nuit, le jour. Mais que deviendront les noctambules après l'occupation des places républicaines  ?

Leur faire peur  : c'était l'idée de départ lancée par François Ruffin et Fakir. La loi travail a servi de déclencheur à cette ambition de ne pas baisser les bras, dans une France fâchée avec sa classe politique, tentée par l'extrême droite et traumatisée par les attentats. Des centaines, des milliers de personnes ont choisi de ne pas rentrer chez eux après la grande manifestation du 31 mars dernier. Et se sont installées place de la République pour réinventer... le monde, le débat, ou peut-être bien l'eau tiède ou la machine à cambrer la banane. Ce jeudi 20 avril, une grande réunion intitulée «L'étape d'après  » se tiendra à la Bourse du travail. Trois semaines après le début de cette ébullition noctambule, alors que les commentateurs s'interrogent, dénoncent le chaos, fustigent la violence supposée du mouvement, nous avons voulu savoir si la Nuit Debout pouvait accoucher d'autre chose que d'une souris. 7 scénarios à creuser.

1 La Nuit Debout se couche

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Pourquoi changer le calendrier ? Parce que comme disent les sages : vous avez une montre, nous on a le temps.

THIERRY EHRMANN -FLICK-R

Les Grecs ont tenu 99 jours place Syntagma, Occupy Wall Street a tenu deux mois à New York en 2011, les Espagnols se sont indignés par millions dès 2011 avant de se transformer Podemos et de changer la donne aux dernières élections municipales et législatives. Pourtant, alors que le pamphlet «  Indignez-vous  !» a été écrit par le Français Stéphane Hessel, ce mouvement d'occupation de l'espace public et de démocratie directe et participative n'avait jamais pris en France jusqu'à aujourd'hui. Maintenant que la nuit s'est levée place de la République, il vaut la peine de regarder comment elles se sont couchées ailleurs. 

Car un jour où l'autre, les NuitDeboutistes en auront assez de passer leurs soirées assis par terre autour d'une bière tiède, et rentreront prendre une douche sans forcément avoir obtenu satisfaction sur leur première revendication  : l'abrogation de la loi travail «  et de son monde  ». A ceux qui prédisent la fin de la nuit avec des fiertés de voyante extralucide, les exemples grec, espagnol et américain nous montrent que l'avortement programmé du mouvement ne signifie pas forcément qu'il sera infécond. 

Le fait que des mouvements se dressent, communiquent, essaiment, fassent rhizome peut créer une dynamique plus puissante qu'on ne l'imagine. Après avoir quitté le gouvernement Tsipras, Varoufakis a créé le mouvement DIEM25 qui s'est donné pour projet de révolutionner l'Europe. Riez, il pourrait bien y arriver. Et puis, l'irruption d'un Bernie Sanders aux Etats-Unis aurait-elle été possible sans Occupy Wall Street  ?

2 La Nuit Debout sème des graines

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Les graines ont déjà poussé hors de Paris, ici à Toulouse...

Photo Nuit Debout

Oui, on ne peut pas passer son temps à débattre sur une place. La démocratie directe, la volonté de rester un mouvement informel peut dérouter. Mais ce qui compte, dansl'état de marasme de la gauche française, c'est peut-être cette volonté de rebâtir un projet commun, en dehors ou à côté des partis qui ont échoué à incarner une alternative politique viable, pendant que le FN, lui, monte, monte, monte toujours. A écouter les jeunes et les moins jeunes qui prennent la parole place de la République, en des termes et selon des règles jusqu'ici méconnues, on se rend compte qu'il y a une soif d'engagement et d'action qui finira forcément par avoir un impact sur le débat politique et sur la construction d'une alternative. Même s'il y a peu de chance que cela survienne du jour au lendemain. 

Alors, ces graines plantées pourraient bien, un jour, donner naissance à un jour nouveau  : que l'on discute d'une nouvelle constitution, de malbouffe, d'agriculture bio, de mal-logement, des réfugiés ou du temps de travail et de revenu universel, les idées fusent et les projets mûrissent. La transformation de Nuit Debout en vaste débat sur une plateforme Internet pour écrire l'avenir du mouvement – et, pourquoi pas, du monde – est en marche. On peut en trouver des prémisses sur le Wiki NuitDebout et les dizaines de pages Facebook, sur Radio Debout et TV Debout qui restituent au jour le jour les débats menés par les différentes commissions. Mais, on ne vous le cache pas, c'est du boulot de fabriquer un autre monde, et on s'en sortira pas avec des punchlines et des vidéos de chaton qui embrassent des canards.

3 La classe politique se renouvelle

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Yanis Varoufakis, star d'un mouvement qui n'en veut pas

TV Nuit debout

Yanis Varoufakis l'a noté dans sa courte intervention du 16 avril : la Nuit Debout ne doit pas seulement être un lieu de renouvellement des carrières politiques. Ce mouvement antiautoritaire fustige le star system et ses quelques figures de proue, comme François Ruffin ou Frédéric Lordon refusent de jouer à l'homme providentiel. La volonté résolument horizontale du mouvement ne doit cependant pas nous égarer  : à la fin, certaines et certains des activistes de la place de la République se lanceront dans la politique pour de bon. 

Il ne reste qu'à espérer qu'ils ne deviendront pas des politiciens ou des politiciennes comme les autres dans un système inchangé, et resteront  fidèles à leur premier idéal démocratique. Après tout, les ex-soixante-huitards convertis au divin marché ou à la dérive  identitaire (Finkielkraut, si tu nous entends !) ne sauraient être notre seul étalon du vieillissement politique. On a aussi un revival de Badiou qui n'a pas lâché l'affaire.

4 Tout le monde devient vegan

Le côté festival hippie du Larzac revisité n'a pas épargné la République, où des passionnés parlent de souffrance animale et vantent le régime locavore, ou mêmecrudivore, sous l'oeil ébahi des mangeurs de merguez et des buveurs de bière. Une fois les gaules pliées, la propa veggie aura peut-être laissé des traces chez les bobos et les prolos. Ne serait-ce que parce que la viande, c'est foutrement cher en temps de crise. La projection du film Demain, le 19 avril, fera-t-elle basculer les foules  ? Tout le monde passera-t-il d'EDF à Enercoop, de LCL au Crédit coopératif, et de la charcuterie industrielle au bio  ? Dans les poulaillers industriels et les champs de maïs transgénique, on vote pour  !

5 Le mouvement fait plouf

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Il est minuit, c'est l'heure de rentrer...

THIERRY EHRMANN -FLICK-R

C'est pas comme le point 1  : la nuit se couche. Le mouvement fait plouf parce qu'au bout d'un moment la convergence des luttes devient une lutte des divers gens. Tout le monde s'engueule. On repart sur les vieux débats cache-misère sur le port du voile, l'immigration, le partage des richesses et le droit de se prostituer. On oublie complètement la classe ouvrière, qui est tombée dans l'escarcelle du FN ou le replicommunautaire. 

On se retrouve entre soi et soi, et ça branle sérieux dans le manche, puisqu'on réduit nos horizons à nos petits intérêts perso, sans vision et sans espérance, mais avec les fesses au chaud pour la plupart et la mort assurée dans un canot gonflable pour les autres. L'enjeu, tout le monde l'a souligné, est de gagner les banlieues, les quartiers populaires, où la Nuit Debout est encore perçue comme un truc de bobos  : quand on se lève tôt pour aller bosser – ou, encore pire, pour s'apercevoir qu'on n'a toujours pas de boulot -, le concept debout jusqu'à pas d'heure pour discuter a du mal à prendre racine. 

Et pourtant les Nuit Debout essaiment en banlieue  sous l'impulsion d'Almamy Kanouté. A Saint-Ouen, Saint-Denis, et même des villes des dizaines de villes de France et d'Europe qui ne commencent pas par Saint, ça commence à prendre. Après, jusqu'à quel point les divisions creusées par des années de  sarkozysme, de corruption politique et de matraquage médiatique réussiront à s'effacer, personne ne saurait le dire.

6 La République devient une Zad, en vrai

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Sélection à l'entrée

THIERRY EHRMANN -FLICK-R

Dans ce scénario qui ne va pas plaire à Anne Hidalgo, la Place de la République devient un lieu dédié exclusivement au débat public, 365 jours sur 365, dans un genre de festival permanent. C'est une université populaire où l'on vient se former à la politique, donner son avis, écouter ceux des autres, exercer  sa puissance d'agir et de réfléchir autour d'une agora citoyenne éternelle. 

Ce qu'on défend là, c'est la zone républicaine, cet espace virtuel où les  hommes et les femmes expérimentent en temps réel la liberté,  l'égalité, la fraternité... Et ça marche comme un forum permanent qui concurrence et renverse assemblées et institutions, pour de bon.

7 C'est la révolution qui s'annonce

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On peut aussi ajouter d'autres couleurs, si on veut...

Photo Nuit debout

Vous êtes déjà en train de faire la moue. Parce que vous avez lu le point 6 et vous vous dites que ça part trop loin cette chronique. Vous êtes raisonnable et vous avez votre crédit à rembourser. Vous voulez que ça change mais sans rien déranger – surtout pas vos habitudes et encore moins vos turpitudes. Vous vous dites que non, pas possible, l'autre monde n'existe qu'après la mort. Les islamistes vont avoir notre peau. Le pétrole nous tue mais on ira quand même au salon de l'auto. Et l'argent existe réellement bien qu'il ne se mange pas. Bref, que vous le vouliez ou non, vous êtes victime du syndrome Tina – There is no alternative, le mantra de Thatcher et de tous les néo-cons de France et de Navarre. 

Et pourtant le capitalisme est peut-être bel et bien en train de mourir, comme le prétend le philosophe Bernard Stiegler. Il ne meurt même pas parce qu'on l'a renversé. Il meurt de ses excès, de sa folie, de son avidité sans limite. Ce système qui s'effondre, et qui tient tellement à nous entraîner dans son agonie, il va bien falloir le remplacer. Il va bien falloir trouver le moyen de créer un nouveau contrat social. Et pourquoi ça ne marcherait pas  ?  

Inventez le futur au lieu de crier gna gna gna. Les onomatopées ne  sont que les derniers râles d'un monde voué à disparaître. Dans ce nouveau langage qui émerge au cœur de la place de la République, il y a, peut-être, un jour nouveau qui s'annonce. A condition, bien sûr, de continuer à l'inventer.

8 A vous d'écrire la suite avec Zanzibar

7 scénarios, c'est bien. 993 restent à inventer avec le collectif littéraire Zanzibarqui lance une édition en ligne invitant ceux et celles qui le souhaitent à raconter les futurs possibles de la Nuit Debout : Mille jours en mars, un projet d'écriture à mille mains, une fabrique bricolée de mille futurs possibles. Le principe  :

- Choisissez une date, entre demain et le 1000 mars 2016 ;

- Écrivez ce qui s'y passe, comment on y vit, ce qui a changé ou est resté le même; 

- Signez de votre nom réel, imaginaire ou inexistant ;

Postez le texte sur le pad 1000joursenmars, envoyez-le par mail à 1000joursenmars@zanzibar.zone ou partagez-le sur la page facebook;

Dès que l'outil sera en place (c'est en cours de bricolage), on rapatriera tous les contenus "au propre" sur ce site pour ceux qui veulent juste lire.

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